Il ne s’agit sans doute plus aujourd’hui de briser le plafond de verre mais plutôt d’arriver à se hisser au travers les éclats. Car oui, en effet, certaines ont déjà pavé la voie. Rosannie Filato n’est certes pas la première femme élue à la ville de Montréal mais elle est en revanche la plus jeune femme à siéger au comité exécutif.

La jeunesse au pouvoir
Quiconque aurait perdu foi en la jeunesse devrait se raviser. Elle n’a que 30 ans et pourtant, déjà, son parcours étonne. Diplômée en droit de l’Université de Sherbrooke, Rosannie, avocate, détient aussi un diplôme de deuxième cycle en Common Law du barreau de l’Ontario ainsi qu’une maîtrise en relations industrielles.

« Je suis d’abord et avant tout une militante », confie cette jeune battante. Protéger les plus démunis, telle est sa devise. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a certainement visé juste en lui confiant les dossiers de développement social et communautaire, itinérance, jeunesse, sports et loisirs.

Gagner Villeray
Qui l’aurait prédit ? Être élue comme conseillère de Ville dans le district de Villeray était bien loin d’être gagné avec Projet Montréal. Elsie Lefebvre y était conseillère depuis 2009. D’ailleurs, combien de proches ont conseillé à Rosannie d’éviter de se battre contre celle qui était si appréciée de ses concitoyens ? Envers et contre tous, Rosannie s’est non seulement présentée mais a vaincue celle qui trônait dans le district.

La politique autrement
Rosannie Filato est d’avis qu’il est nécessaire de trouver un consensus entre les élus plutôt que de fomenter ou attiser quelque haine envers ses adversaires. « Voilà ce que les femmes et les jeunes peuvent apporter comme changement en politique », soutient-elle. Elle cherche donc à débattre, discuter, plutôt que d’alimenter les conflits.

Le machisme est-il toujours présent en politique ? « Oui », affirme-t-elle. A-t-elle vécu de la discrimination à ce jour ? « Non, je n’ai jamais été victime de harcèlement », assure-t-elle. Rosannie est d’avis que des changements sont à venir, bien sûr, mais se sent suffisamment confiante en l’avenir en ce qui concerne les comportements de ses pairs masculins, dans la foulée du mouvement #metoo ou encore #moiaussi.

En revanche, il peut être parfois difficile de se tailler une place, confie-t-elle : « Malgré sa confiance en soi, comme femme, il faut souvent se justifier, dit-elle. Sitôt que je dis que je suis avocate, la confiance s’établit, sinon, certains semblent douter de mes compétences ».

Le droit et la politique
Déjà, pré-adolescente, Rosannie suivait son grand-père au conseil municipal ou encore à la cour municipale, question d’entendre les causes en cours. Son intérêt pour les affaires publiques s’est donc manifesté à un tout jeune âge.

Son père, tout comme sa mère, aura eu une grande influence sur les choix de carrière de Rosannie. Ces derniers se sont rencontrés lorsqu’ils étaient militants syndicaux, à l’emploi de Steinberg à l’époque. Si la mère de Rosannie a choisi d’être mère au foyer, le père de Rosannie, Antonio Filato, est aujourd’hui président de TUAC Québec, syndicat des travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce. Avant d’être élue comme conseillère de Ville et nommée membre du comité exécutif, Rosannie y travaillait aussi à titre d’avocate.

Histoire digne d’un roman
Les histoires d’amour modernes font piètre figure aux côtés de celle des grands-parents paternels de Rosannie. Imaginez un instant un homme, fraîchement immigré à Montréal en 1953, un Italien Calabrais. Sa mère lui envoie cette photo d’une femme dont il tombe illico amoureux. S’en suivront des échanges de lettres d’amour avant l’arrivée de cette douce moitié, la femme qu’il aimait à distance. Il la mariera le jour même de son arrivée au pays.

Fière de ses origines, Rosannie ne manque jamais les rencontres familiales du dimanche midi, au brunch.

Tournée des cafés
Rosannie a fixé notre rendez-vous au café Larue sur Jarry. « Je fais souvent la tournée des cafés », me confie-t-elle. Question de se présenter et de discuter avec les citoyens du quartier. D’ailleurs, il m’aura fallu attendre près d’une demi-heure avant d’entamer ma discussion avec elle, étant affairée à répondre aux multiples questions de deux Montréalais bien heureux de pouvoir échanger avec elle.

La journée s’annonçait maussade, le vent fouettant les visages, la pluie verglaçante ralentissant nos pas, par temps humide et froid. Rosannie aura pourtant arboré son plus large sourire tout au long de l’entrevue. Le soleil pointe son nez, contre toute attente, à la fin de notre entretien. La pluie s’est arrêtée.