Photo: Dino Ignani.

Par un très bel après-midi d’octobre, où l’été semble s’étirer sous un ciel clément, nous avons la chance de rencontrer Claudio Pozzani qui, malgré un horaire chargé, nous accorde une entrevue à la terrasse de la Brûlerie Urbaine, dans le quartier Côtedes-Neiges, à Montréal.

Une enfance et une jeunesse propice à l’éveil de la curiosité et de la création Natif de Gênes, ville portuaire ouverte sur le monde, qui recèle tant de trésors et de beauté presque à chaque coin de rue et d’où nous est jadis venu Christophe Colomb. On ne s’étonne donc pas du tout que cette ville, indéniable rond-point des ethnies et des cultures depuis aussi loin que l’Antiquité, exerce un attrait irrésistible sur Claudio Pozzani qui se mue en troubadour et qui, à l’instar de ce découvreur, parcourt presque inlassablement tous les pays de la planète. « Participant de la pure tradition génoise, sans attache, sans domicile fixe, qui traverse les frontières, Claudio Pozzani est un poète chercheur, et un explorateur » selon l’écrivain Francis Catalano.

Et cela même si en principe, Claudio Pozzani y a son pied à terre à deux pas du Palazzo ducale et de la Stanza delle poésia où il assume la direction du Festival Internationale di Poesia di Genova depuis 1995. Comme par hasard, tous ces lieux se situent à proximité du port : véritable porte ouverte terre et mer favorable aux rencontres et découvertes.

Sa jeunesse s’écoule au sein d’une famille heureuse dont il est le fils cadet, qui dès son enfance, s’exclut facilement des groupes scolaires. Même au sein des siens, c’est un solitaire s’abandonnant facilement à la rêverie s’émerveillant de la nature et même d’un moindre caillou qui lui inspirera plus tard un conte où un simple fragment prend parole et émerveille les enfants.

Son frère ainé, après des études scientifiques devient géologue, mais, lui Claudio, s’intéresse plutôt aux études littéraires, et dès l’âge de 12 ans, il est persuadé qu’il deviendra un poète, bien que dans la communauté italienne ça ne soit pas un métier vraiment sérieux ! Par la suite, il s’inscrit, au Lycée à des cours en tourisme qui alimenteront davantage son besoin d’évasion plutôt que de lui assurer un emploi.

Un peu à la façon du dormeur du val de Rimbaud, Claudio est toujours habité par la poésie.

Cependant plus tard Claudio s’inscrit à des cours de philosophie à l’Université de Gênes, mais la passion de la poésie l’habite toujours. Claudio est vraiment un bohème et ses parents le réalisent pleinement. Ils l’encouragent dans cette voie, en lui rapportant une vieille guitare abandonnée par des touristes, au lac de Garde. Aussitôt, le musicien en herbe s’acharne à apprivoiser cet instrument et il y met tant d’ardeur qu’il parvient à fonder le groupe rock : Crazy band. Par la suite, il entame des tournées de concerts tant en France qu’ailleurs en Europe. À cette période rock, lui succède une époque rap, mais subrepticement la poésie redevient sa passion dominante. Et, le solitaire en lui, s’épanche toujours sur l’écritoire et y couche allègrement des poèmes qui cognent comme des coups de poing.

Claudio Pozzani, est un admirateur de Gabriele d’Annunzio, fasciné par les poètes futuristes dont Filippo Tommaso Marinetti lui apparaît comme le plus grand instigateur. Ce dernier soutiendra de sa fortune le mouvement futuriste qu’il a créé et qui sera suivi par toute une lignée de poètes et de créateurs dans des domaines aussi variés que la peinture, la sculpture, la littérature, le cinéma, la photographie, le théâtre, la mise en scène, la musique, le bruitisme, l’architecture, la danse, la typographie, les moyens de communication, et même la gastronomie. Claudio Pozzani découvre des réalisateurs de cinéma américains et européens inspirants, mais en particulier Clint Eastwood et Agnes Varda, pour ne citer que ceux-là.

Il dévore la littérature française et affectionne particulièrement: Lautréamont, Balzac Camus, Sartres, Lamartine et Rimbaud. Presque toujours entre deux valises, Claudio Pozzani parcourt le monde et partage sa poésie lors de spectacles où ce solitaire aime, malgré sa réserve, entrer en dialogue avec les spectateurs. Il oscille entre des poèmes ponctués dont la sonorité forte s’allie à des ilots de tendresse où il devient le chantre de la beauté féminine.

Claudio Pozzani en voyage au Québec Grâce à la collaboration de l’Institut italien de culture de Montréal et de la Faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université Laval, la Société Dante de Québec, le festival de littérature de Montréal et le Festival international de littérature de Trois–Rivières, que j’ai eu le plaisir de poursuivre l’entretien avec Claudio Pozzani en compagnie de sa muse.

Spectacle à la cinquième salle de la Place des arts de Montréal La tournée automnale de Claudio Pozzani a débuté avec la représentation de : Là, d’où je viens, Darling qui a fait salle comble à la Place des Arts, le samedi 23 septembre dernier, où la réalisatrice et poète Violaine Forest a conçu et dirigé avec maestria ce spectacle sur fond de scènes tirées des films de Tarnosky et, au cours duquel, Claudio Pozzani a livré La page déchirée, un magnifique poème de chair et de sang, qui jouxté à ceux de Violaine Forest et aux mots de Svetlana Alexievitch retransmis avec âme par la comédienne Sophie Desmarais. Ils ont su nous tenir en haleine inlassablement pendant deux heures.

En cette soirée, du 28 septembre dernier à l’Union des écrivains québécois, Claudio Pozzani a présenté des poètes du mouvement futuriste italien, dont Marinetti à qui il voue une admiration sans bornes et un respect depuis près de 35 ans. En fait, il est le fondateur de ce mouvement et a consacré sa fortune à sa promotion. Ce courant a réussi à pénétrer toutes les sphères de l’art et de la vie : théâtre, poésie, arts visuels, musique, design, mode architecture, gastronomie, nouvelles technologies appliquées au graphisme, aux communications, cinéma, danse, photographie publicité, danse, pu- blicité en y laissant une impression profonde et toujours d’actualité.

Face à un public captivé, Pozzani a lu des poésies de Filippo Tommaso Marinetti (bombardements), Eugenio Montale (Meriggiare pallido e assorto), Dino Campana (Cogne coups), Giuseppe Ungaretti (Je suis une créature), Camillo Sbarbaro (Tais-toi mon âme) ainsi que quelques-uns de ses poèmes en duo avec les textes sensibles e Violaine Forest. Puis, il a séduit le public de Québec en les entraînant sur les traces des poètes futuristes italiens. Enfin, il nous a conviés au Festival international de la poésie de Trois-Rivières, où lui avec ses textes coups de poing et Violaine Forest avec sa douceur ont su conquérir chacun leur public par leur poésie transmise avec passion. Après, il poursuivra sa tournée automnale qui le conviera au Chili et dans de nombreux autres festivals européens de poésie.

Les poèmes de Claudio Pazzoni sont connus à travers le monde, grâce à leur parution en 10 langues étrangères.

Parmi ses œuvres publiées en français : Cette page déchirée poésie, Editions Al Manar, Paris, 2012 Saudade & Spleen, poésie, Editions Lanore, 2000 (2ème édition 2004)
Et les recueils parus en italien : Spalancalti spazi, poesia 1995-2016 Vomite el alma, 2013. Venti di Poesia 2015.

Son CD de poésie La Marcia dell’ombra, lancé en Italie en 2010, est demeuré pendant trois mois au sommet du palmarès des radios indépendantes italiennes.

Claudio Pozzani le romancier Kate et moi : Johnny Right part à la recherche de Kate partout où ils se sont aimés. Finalement, ils se retrouvent en Argentine. Mais pour Johnny, devenu romancier célèbre, les ennuis ne sont pas finis. Depuis le début, Johnny a fait de sa vie un roman aussi noir que ceux qu’il écrit pour exorciser son mal.

Ce roman tout empreint de sensualité nous fait voyager. Construit à la façon des « roads movies » et sachant nous tenir en haleine, il nous incite à poursuivre sans relâche cette lecture captivante riche en épisodes où domine la sensualité. C’est l’amant, sans cesse à la poursuite de la recherche de l’aimée quitte à vivre dangereusement diverses expériences. Enfin un roman qui devrait plaire à tous les amoureux du monde. Le protagoniste Johnny Right est vraiment le dernier romantique, car il sent « qu’ un seul être vous manque et tout est dépeuplé » comme le disait si bien Lamartine dans le poème : L’isolement.

D’ailleurs, le grand poète et dramaturge espagnol Fernando Arrabal définit Claudio Pozzani comme « un maître de l’invisible, un débusqueur de rêves, un voleur de feu. Ah ! Que son cœur danse dans l’alcôve fêtée » tout au long du périple parcouru par le héros de ce roman.